La fractale des raviolis
06 oct. 2015
Auteur : Pierre Raufast
Références bibliographiques : ( lien )
Voici un roman atypique. Il mèle une approche mathématique dans sa forme et un traitemant littéraire dans son contenu. Comme l'indique son titre, l'impression générale se veut fractale. Ce qui nécessite une explication pour les moins matheux d'entre vous.
Une figure fractale est un dessin qui se reproduit à l'identique quelle que soit l'échelle à laquelle on le regarde. Si on l'observe à l'oeil nu on verra la même chose que si on regarde un de ses détails à la loupe. Et la même chose encore si on regarde une partie de ce détail au microscope. Et ainsi de suite si nos possibilités de zoomer étaient infinies... Il s'agit d'une curiosité mathématique qui se situe entre la droite (dimension 1) et le plan (dimension 2). Hilbert (entre autres) a travaillé dessus au début du siècle dernier. Et l'informatique permet de simuler le processus à l'infini... Fin de la digression.
Le roman se veut fractal et zoome sur des détails successifs de la narration. Tout part d'une histoire d'adultère. Le mari qui n'a jamais été fidèle saute le pas (euh...?) une fois de trop et (selon lui) par inadvertance. Sa femme décide d'en finir une fois pour toutes avec lui et ce de façon insoupçonnable (évidemment). Elle décide de l'empoisonner à la digitale mélangée à des herbes de Provence dans son plat préféré : les raviolis ! Mais, décidément, rien ne se passe comme prévu.
Puis le récit zoome sur les souvenirs de jeunesse de la femme. Ses relations avec son père. Sur un médaillon qu'on ne peut photographier. Sur toute une galerie de personnages hauts en couleurs et aux comportements plutôt imprévisibles. Je vous passe les détails pour ne pas vous gâcher le plaisir des surprises successives que ce livre vous réserve.
Ensuite, le zoom revient progressivement en arrière et referme les unes après les autres les intrigues soulevées à chaque changement de focale. Un peu comme des poupées gigognes, les histoires s'emboitent les unes dans les autres et se complètent par touches successives. L'impression générale est tirée par les cheveux... Tant pis. On ne va pas bouder notre joie pour autant.
En fait cet ouvrage ressemble à une collection de nouvelles rassemblées par un fil conducteur arbitraire. Mais ce fil conducteur imite la vraie vie qui nous fait passer du coq à l'âne en des milliers de digressions. Comme si nous suivions la conversation de mamans à la sortie de l'école. Chaque détail mérite une histoire en lui seul. Et c'est ce que ce roman illustre.
Pour moi, le concept mathématique ne serait pas la fractale mais la spirale. Cette spirale orthogonale qui permet de construire par dessin toutes les racines carrées. En partant de deux segments orthogonaux de longueur 1 on trace la diagonale de longueur [racine carrée de 2]. Si au bout de cette diagonale on trace un segment de longueur 1 qui lui est aussi orthogonal et qu'on le relie au centre, le nouveau segment mesure [racine carrée de 3]. On peut répéter cette méthode à l'infini et ainsi tracer toutes les racines carrées. La figure complète est une espèce de spirale qui finit par repasser par l'axe du premier segment...
Il en est de même avec ce roman qui part de deux histoires orthogonales, celle du mari et celle de sa femme. Ces histoires se rencontrent par leur mariage (et la coucherie) et se poursuivent dans une direction totalement imprévue. Et ainsi de suite pour les histoires successives qui sont relatées dans ce livre. Le lecteur suit cette inventivité en se demandant où va l'entrainer le chapitre suivant. Je n veux rien gâcher de vos surprise et ne vous en diris donc pas plus. A vous de le découvrir par vous-même ! Bonne lecture !