Solo
06 nov. 2015
Auteur : William Boyd
Références bibliographiques : ( lien )
Voilà une nouvelle aventure de James Bond ! Tout nouveau tout neuf ! Le héros de Ian Flemming continue son service en 1969. Il a 45 ans et est plus alerte que jamais. M l'envoie en Afrique occidentale. Au Zanzarim pour être plus précis. C'est une petite république en proie à la guerre civile depuis deux ans. En effet, deux ans auparavant a été découverte une immense réserve de pétrole sous le delta du Zanza. Et la tribu Fakassa souveraine sur ce territoire a décidé que ces réserves lui appartenaient et fait sécession en devenant la république du Dahum.
Depuis le Zanzarim essaie de reconquérir cette partie de son territoire et surtout les richesses qu'elle renferme. Evidemment, les instances internationales se mettent dans la partie et c'est là qu'intervient notre espion double-zéro. Il est mandaté pour rendre le général du Dahum moins performant dans sa résistance. S'ensuit une mission aux contours aussi flous que précipités. James Bond est envoyé comme journaliste de l'APL (journal français) dans la capitale légitimiste devant rejoindre l'état séparatiste avec les moyens du bord.
Ce qu'il découvre est moins tranché que ce qu'il n'y parait de prime abord. On ne distingue pas facilement les méchants des gentils. D'un côté la communauté internationale qui soutient le gouvernement légitimiste. De l'autre des mercenaires et un mystérieux miliardaire qui soutient les "rebelles". Et la guérilla qui s'installe avec son ballet de misères, d'exactions, de profiteurs et autres marchés noirs.
On y découvre un James Bond en prise avec son actualité économique et politique. Avec des préoccupations matérielles aussi : sa Bentley se fait vieillissante, il doit repeindre son appartement, etc... On le voit s'adapter aux événements et tirer le meilleur parti qu'il peut des circonstances : une excellente capacité d'improvisation. Ces ressources seront mises à rude épreuve et pas forcément suffisantes. Je vous laisse découvrir ces surprises par vous-même.
William Boyd reprend le flambeau avec brio. Il dépeint un James Bond très humain. Il s'inspire de sa biographie officielle. Pourtant, à mon avis, une grande part de l'imaginaire provient du James Bond du cinéma : le séducteur invétéré, sûr de son charme et fort de ses nombreux succès auprès des femmes. Alors que le James Bond des romans est fidèle au souvenir de sa femme et ne cherche aucunement à séduire. Il est vrai qu'il a (dans les livres) une conquête féminine par roman mais n'a jamais provoqué (ni désiré consciemment) ladite rencontre. A part ça, le héros est tout à fait crédible et William Boyd cherche à l'ancrer dans son époque historique : voitures, mode, avions, etc... plantent le décor de la fin des années 1960. Pas de gadgets hypertechnologiques. En cela il suit la lignée de Ian Flemming plutôt que celle des films. Et je l'en remercie.
Un roman divertissant, dépaysant (par son décor) et qui soulève des interrogations toujours d'actualité : ingérence de la politique dans l'économie, intérêts personnels avant intérêts généraux, etc... Avec les questions que se pose l'être humain sur la portée et la validité de ses actes, ses objectifs quotidiens, sa survie et ses grandes intentions. Selon Boyd, Ian Flemming souhaitait que son héros devienne du domaine public. Ses capacités, ses domaines d'intervention, son métier lui donnent une richesse immenses et des potentialités quasi infinies. A la place des blockbusters normalisés, je préfère cette versions littéraire de James Bond et je le proclame haut et fort. Vive James Bond sans gadgets mais avec toute sa dimension d'homme et ses combats répétés contre les tricheries et les profits personnels au détriment de l'humanité.