Yves Heudumahl
22 mars 2008Yves Heudumahl n'avait pas d'états d'âme, plus depuis longtemps. Alors, gazer des civils à Paris ou faire sauter une base secrète de recherche militaire ne troublaient pas sa conscience. Depuis huit ans qu'il a quitté la légion, il travaille en tant que terroriste mercenaire. Il vend ses talents au plus offrant. Oui, pour lui, c'est bien un travail. Un plaisir au départ car il aime faire souffrir, tuer, massacrer. Mais un travail surtout puisque cela lui permet de gagner sa vie et d'exercer sa passion en toute impunité. D'accord, c'est à cause de son sadisme, de sa violence gratuite, de sa cruauté affichée qu'il a été sacqué de la légion.
Mais, depuis, les services secrets se l'arrachent. Son surnom est bien mérité : Black Shark. En effet, Yves est discret, efficace. Il ne s'est jamais fait prendre ni même soupçonner. Malgré les corps qu'il sème en guise de signature, aucune preuve ne reste contre lui. Pas de survivant donc pas de témoin. C'est simple, non ?
Et c'est exactement ce que recherche Kader Abechoukri, son commanditaire. Un attentat spectaculaire, qui signe bien la détermination de sa cause. Beaucoup de morts, atroce. Le Jihad ne permet pas aux mécréants de profaner la volonté d'Allah. Il faut qu'ils apprennent à craindre sa colère. Même si l'imam doit parler à sa place, l'occident doit entendre sa voix. Son visage sera celui de la mort et la peur. Et Black Shark va l'aider ! Il lui donne libre choix du lieu, du moment et des moyens. Mais pour pas trop cher car au sein du Jihad, Abechoukri et sa tendance sont loin d'être majoritaires. Donc, pas beaucoup de crédits.
Yves se souvient d'un séjour au Japon auprès de la secte Aum. Là, il avait appris à fabriquer du gaz Sarin. Les victimes meurent dans des souffrances terribles. Tout à fait le but recherché. C'est décidé, ce sera un attentat au gaz. Black Shark se réjouit de sa nouvelle mission. Il sait déjà où il va placer ses bonbonnes : dans une station de métro. Pas très original mais rudement efficace. En plus, côté discrétion, ça valait bien 4 sur une échelle de 5.
Armé de tout son matériel, le Shark attend 3h du matin. La station qu'il a choisie est fermée pour la nuit à cette heure-là. Effectivement, elle est déserte depuis longtemps quand cède la grille d'accès. Yves la referme derrière lui pour oeuvrer l'esprit plus tranquille. Il a déjà repéré les lieux et décidé qu'une charge dissimulée au plafond serait indétectable et causerait un maximum de dégâts. Ainsi conçu, ainsi réalisé. "Un travail de pro, comme d'habitude." C'est sur cette pensée qu'il s'endort, vers 4h, douillettement rentré chez lui.
Dans une banque, les coffres sautent les uns après les autres. C'est l'équipe financière d'Abechoukri qui fait rentrer les cotisations. Kader la dirige personnellement. Même si le Shark a promis un budget serré, il va falloir le payer. Pas question d'essayer de le doubler. D'autres groupes avaient tenté l'expérience. Il ne reste pas même un cousin d'un cousin pour poursuivre la vendetta. Et Heudumahl s'était servi sur les cadavres... Berk ! Plutôt le régler, ça évitera les ennuis. Alors, un casse par-ci par-là : on remplit les caisses, ces cochons de mécréants sont appauvris. La cause est deux fois gagnante. Et puis, son plan est parfait : neutraliser les alarmes, entrer, bloquer les portes, vider les coffres et on sort par le sous-sol. Non, pas les égouts ; déjà fait et trop sale. Par le métro, bien plus élégant et on sera à l'autre bout de la ville quand les policiers oseront à peine donner l'assaut. Le plancher allait enfin céder quand un drôle de sifflement se fit entendre.
A 6h du matin, après une entrée aussi fracassante que prudente, les sergents Bergstein et Collin sont intrigués par une odeur étrange. Tout aussi prudemment, ils descendent à la salle des coffres. Quelle n'est pas leur horreur en découvrant les coffres éventrés et les cadavres qui jonchent le sol...