Par ma fenêtre
01 juin 2008Par ma fenêtre, ô étranger, vous pourriez contempler, si vous y étiez autorisé, maintes merveilles qu'offre un paysage de bord de mer à qui sait le recevoir dans toute sa splendeur, passant intéressé, vous connaissez déjà la plage avec son sable blond, sa mer bleu profond, ses vagues sans cesse renouvelées, mais, par ma fenêtre, invité exceptionnel, vous découvrirez un panorama inimaginable ou , par ma fenêtre, connaissance indésirable, vous ne serez jamais admis à jeter un oeil, à jamais inconsolable, jaloux du visiteur agréable qui bénéficie de ce privilège, alors, prévenu de cet écueil, vous vous montrerez raisonnable et, par ma fenêtre, hôte bienvenu, vous serez convié à partager ce point de vue sans égal sur les terrasses écrasées sous le soleil donc, par ma fenêtre, convive assidu, vous distinguerez au loin les paquebots au long cours, croisant bien au large, loin des côtes surpeuplées, invisibles au commun des mortels qui vivent au ras du sol or, par ma fenêtre, futur habitué, c'est là que vous constaterez les innombrables touristes, poitrines avantageuses et autres atours à peine dissimulés dans des maillots plus affriolants d'année en année, bien que ni par ma fenêtre, sympathique camarade, ni ailleurs, tu ne pourrais manquer le manège codifié des chasseurs de bonne fortune, épris d'éphémère, faisant la cour à leur cible quotidienne car, par ma fenêtre, ami fidèle, nous avons le loisir d'observer sans nous faire remarquer, site incomparable pour un philanthrope quasi ethnologue puis, par ma fenêtre, confident recherché, je te désignerai les lieux incontournables de la vie nocturne, les bars à la mode, les discothèques branchées enfin, par ma fenêtre, compagnon de toujours, je te montrerai les coins réservés au spécialiste, gourmet du regard, les endroits secrets où tu peux admirer sans fin les starlettes peaufiner leur bronzage dont nulle trace blanche ne vient altérer la perfection, oui, par ma fenêtre, condisciple bien-aimé, je m'extasie devant le spectacle du monde infiniment semblable, à chaque fois différent, c'est pourquoi, par ma fenêtre, frère inséparable, je ne risque pas de sauter un jour à moins que, par ma fenêtre, spectateur avide, je me sois brûlé les yeux...
Exercice 72
Relevez dans le texte "Par ma fenêtre" toutes les conjonctions de coordination et subordination, vous constaterez combien il est facile finalement d'étirer une phrase à volonté, comme en un jeu, insérant une infinitive de-ci, une participiale de-là, une suite de substantifs apposés, aussi surpris que moi-même l'ai été par la fluidité avec laquelle les mots s'enchaînent aux mots, de manière tout à fait artificielle et arbitraire, pour former des propositions toujours plus longues, maintenant le lecteur en haleine, impatient de trouver un signe de ponctuation afin de reprendre son souffle jusqu'à la prochaine fois où il pourra respirer à nouveau, perdu, déboussolé au milieu d'un torrent de noms, pronoms adjectifs, verbes qui forment un magma de plus en plus indistinct dont le sens se perd au fur et à mesure que les notions se suivent sans se ressembler passant du coq à la poule, à la basse-cour, à la ferme pour se retrouver à l'âne sans vraiment savoir comment mais de façon toujours naturelle, rythmée par les déductions syllogistiques voire sophistes qui nous entraînent d'un bout à l'autre de la pensée, abasourdis par un flot incessant que je ne me croyais pas capable de produire ni endiguer, habitué que je suis aux phrases courtes, lapidaires où pas un mot de trop ne vient perturber l'attention du spectateur et à jamais sidéré par les remarques déplacées de mon correcteur syntaxique me signalant une phrase longue où le destinataire éventuel risque de manquer de repères et de ne pas comprendre ce que je voulais réellement dire, rompant la communication difficilement établie au travers de mon écrit, surtout si cela se passe par l'intermédiaire d'une messagerie e-mail dans laquelle les espacements sont absolument nécessaires à une lecture agréable, me rappelant à l'ordre pour me signifier que nombre de mes virgules pourraient, sans en souffrir aucunement, se voir transformées en points.