Mon ami Jeck
23 juin 2008Jeck a vraiment de drôles d'habitudes. Quand une idée le prend, il s'imagine devoir m'en faire part aussitôt. Souvent, aux heures les plus incongrues, le téléphone sonne. C'est lui. Il m'explique, avec ses mots, les concepts les plus farfelus. J'ai souvent du mal à le suivre car il passe du coq à l'âne selon une logique qui n'appartient qu'à lui. Alors, lentement, il décortique le fil de sa réflexion pour que je puisse donner mon point de vue. Mais, parfois, il est tellement excité par sa découverte qu'il parle sans se rendre compte que je suis complètement largué. Je le laisse dire, ce n'est pas de la méchanceté. Non, il oublie simplement que je ne suis pas comme lui.
Assurément, ce sont nos différences qui nous enrichissent. Tous les deux puisque, de temps à autres, j'imagine des théories qui ne lui seraient jamais venues à l'esprit. Nos cultures sont si éloignées que c'est un prodige si nous arrivons à communiquer. Déjà au niveau de la langue : je tire mon chapeau à Jeck pour avoir appris notre langue aussi vite ! Seulement, les mots ne font pas tout ; quand les notions n'existent pas, quel terme employer ? Une périphrase ? Un néologisme ? Bah ! Nous nous débrouillons et ça se passe bien parce que chacun cherche à comprendre et faire comprendre. Une qualité rare de nos jours où la plupart privilégie le fait d'avoir raison plutôt que d'être compris.
Et puis au niveau technique aussi. Vous me direz que le téléphone, c'est à la portée de tout le monde. Oui, bien sûr. Sauf que le temps mort (environ une seconde) entre les questions et réponses avec un correspondant à Tahiti ou Nouméa frôle l'insupportable. Rendez vous compte de ce que ce serait pour un appel sur Aldébaran ! La lumière met plus de 52 ans pour un aller simple ! Heureusement que Jeck est un inventeur de génie et que sa civilisation a développé une technologie très avancée. N'empêche qu'il fallait le faire : transmettre sa pensée sur une telle distance, manipuler les ondes électriques terrestres pour que ce soit intelligible. Chapeau ! Plus la même chose dans l'autre sens ! Je suis bien heureux qu'il soit mon ami plutôt que mon ennemi !