Kafka sur le rivage
02 août 2015
Auteur : Haruki Murakami
Références bibliographiques : une fois n'est pas coutume, deux pour le prix d'une !
( salon-litteraire.com )
( lebateaulivre.fr )
Un garçon de quinze ans décide de s'enfuir de chez lui afin d'échapper à une prophétie sur son compte assenée par son père. Il prépare sa fugue avec méthode et n'emporte que le strict nécessaire à son évasion. Le jour de son anniversaire il prend son sac à dos, un bus de nuit pour Takamatsu et se retrouve loin de chez lui dès le lendemain matin... A un pause sur une aire d'autoroute, il lie connaissance avec une passagère, ou plutôt la passagère vient lier connaissance avec lui. Elle aurait l'âge d'être sa soeur. Son aînée de six ans, partie avec leur mère alors que lui n'avait que quatre ans. Ils finissent le voyage sur des sièges voisins et elle lui donne son numéro de téléphone.
Pendant ce temps, un retraité illettré arrondit ses fins de mois en retrouvant des chats disparus. Il survit dans un appartement loué par sa famille et grâce à une pension versée par la ville de Tokyo. Mais il a un secret pour retrouver les chats : il sait parler avec leurs congénères ! Etant enfant, il a subi un drôle d'incident. Lors d'une promenade avec sa classe à la cueillette de champignons, tous les enfants ont perdu connaissance. Deux heures plus tard, tous les enfants reprenaient connaissance. Tous sauf Nakata qui est resté inanimé pendant trois semaines. En revenant à lui, Nakata avait tout oublié, depuis son nom jusqu'à la moindre de ses connaissance. Il ne savait même plus lire... Devenu adulte, il a trouvé un emploi comme fabriquant de meubles artisanaux. Depuis il se débrouille tant bien que mal pour subsister à ses besoins mettant en avant qu'il n'est pas très intelligent et qu'il ne sait pas lire.
Conscient qu'un enfant de quinze ans est sensé mener une vie normale (au lycée, avec ses parents) et qu'il ne devrait pas traîner n'importe où tout seul, Kafka sait qu'il y a peu d'endroits où il pourrait passer inaperçu, sans attirer l'attention ni être renvoyé manu militari chez son père. Parmi ces endroits sûrs, il y a les bibliothèques et les salles de gym. Et justement, ce sont les endroits qu'il aime fréquenter depuis sa tendre jeunesse. Il établit pou lui-même un programme quotidien : deux heures de sport après le petit déjeûner puis le reste de la journée à la bibliothèque ! Qui plus est, la ville de Takamatsu abrite une fondation privée riche de manuscrits poétiques originaux. Cette fondation est dirigée par une quinquagénaire élégante et bien conservée, assistée par un hermaphrodite gay qui se prennent d'affection pour le jeune fugueur.
La vie de Nakata pourrait se poursuivre tranquillement sauf que sa dernière enquête à la recherche d'une jeune écaille-de-tortue nommée Sésame l'amène à croiser le chemin de l'abominable Johnny Walken. Ce dernier a décidé de fabriquer des flûtes magiques à l'aide d'âmes de chat et fait des ravages parmi les chats du quartier. Bien que non violent et pacifiste convaincu, Nakata se retrouve contraint de tuer Johnny Walken et de s'enfuir de Tokyo et sa relative sécurité. Il ne sait qu'une chose : il doit fuir vers l'ouest et traverser un grand pont. Un chauffeur routier va le prendre en auto-stop et l'aider à réaliser cet objectif. Et ce n'est que le début de leurs aventures !!!
Les personnages suivent leur propre trame de motivations et de péripéties. Leurs destinées convergent, un peu comme dans les films de Lelouch. Les éléments disparates prennent leur place petit à petit jusqu'à former une image cohérente. Les personnages sont hauts en couleur et en originalité, comme ceux d'Anna Gavalda, ou mieux : ceux de Didier van Cauwelaert ! Ils sont entiers dans leur simplicité et originaux dans leurs traits particuliers. On retrouve dans ce livre l'atmosphère onirique propre à Murakami, cette impression de rêves mélés à la réalité que j'avais tant apprécié dans 1Q84 !
Ce livre profond nous emmène à la recherche de notre propre identité. Il nous démontre par l'exemple que l'intelligence ne suffit pas à remplir une vie bien réussie. Que l'argent, la culture ou la télévision ne remplissent pas le vide de nos existences. Et qu'un but, une hygiène de vie donnent un sens aux jours qui se succèderaient en vain autrement. Que l'école et l'instruction que l'on y délivre apportent plus que le rang social qu'elles nous permettraient d'acquérir. Un livre plein de tendresse envers l'enfance. Un roman plein de nostalgie pour les moments enfuis à tout jamais. Un livre plein d'espoir qui prouve qu'à chaque jour suffit sa peine et que rien ne remplace la satisfaction du devoir accompli. Merci monsieur Murakami !