Le problème Spinoza

Auteur : Irvin Yalom

Références bibliographiques : ( lien ) Lui n'a pas aimé : ( lien )


Il y a longtemps que j'aurais dû écrire cet article. C'est un livre qui le mérite amplement. Heureusement que son succès ne m'a pas attendu pour éclater (il a reçu le prix des lecteurs 2014). Quoi qu'il en soit, il n'est jamais trop tard pour bien faire : voici mon avis à son sujet !

Amsterdam, au XVII° siècle, est l'endroit le moins défavorable où un juif puisse vivre en Europe. Cependant la vie de Baruch Sipnoza n'y est pas aisée pour autant. Ainé de sa famille, il porte devant le tribunal "civil" une affaire de succession dont le ressort revient habituellement au consistoire de la communauté. Elève brillant de l'école talmudique, Baruch aurait pu devenir rabbin. Au contraire, son esprit critique va l'amener à s'éloigner de toute religion...

En Lituanie, le jeune Alfred Rosenberg, déjà convaincu de l'inégalité des races, écope d'un devoir scolaire l'obligeant à lire et commenter Spinoza. Malheureusement, le texte n'est pas à sa portée et Rosenberg ne comprendra jamais comment un juif pouvait être considéré par Goethe comme le sommet de la pensée philosophique. Cette première rencontre (hypothèse de l'auteur) va orienter la vie du futur théoricien du nazisme.

D'intrigues en péripéties, Baruch Spinoza subit un anathème perpétuel et est rejeté par sa communauté. Il est pris sous son aile par un professeur de philosophie qui va l'initier aux richesses du latin et du grec, portes obligatoires pour découvrir les plus grands textes dans leur langue d'origine. Ainsi commence la vie du premier athée ayant survécu à l'isolement de toute communauté religieuse.

Parallèlement à la vie de Spinoza, l'auteur raconte l'ascension au sein du parti nazi d'Alfred Rosenberg, intellectuel fumeux, soutien de la première heure d'Adolf Hitler. Il nous raconte ses débuts comme journaliste, sa haine croissante des des étrangers, son activisme au sein du parti, ses relations ambigues vis à vis d'Hitler et de leurs (més)aventures politiques.

L'alternance des récits montre l'opposition qui existe entre les conceptions qui fondent les pensées de chacun des "héros" de ce livre. Et comment Rosenberg refuse toute incitation à la tolérance et à l'ouverture d'esprit. Alors que Spinoza n'a de cesse d'accroitre sa culture et la diversité de ses sources d'inspiration. Les récits tiennent plus de la fiction que de l'histoire (l'auteur le précise en postface) mais ils restent édifiants quant à la portée des existences racontées (et de leur influence sur le genre humain).

Comme toujours, Irvin Yalom met à notre portée la pensée d'un grand philosophe. Il nous présente sa vie sous un jour humain et nous montre les enjeux de ses choix de vie en les replaçant dans le contexte historique. L'opposition avec Rosenberg est aussi frappante qu'instructive. Il en ressort qu'un philosophe cherche à comprendre le monde alors qu'un politicien cherche à le dominer. Il apparait aussi que sa réussite ne tient pas au contenu de ses idées mais plutôt à son aptitude à les présenter (au public) sous un jour favorable. Comme quoi ça n'a pas beaucoup changé de nos jours...

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