Au bonheur des ogres
10 janv. 2009Auteur : Daniel Pennac
Références bibliographiques : ( lien )
Premier opus mettant en scène la tribu Malaussène, "Le bonheur des ogres" campe pour la première fois Benjamin dans son métier de bouc émissaire. Il a été embauché comme 'responsable technique' dans un grand magasin parisien. Il est sensé contrôler tous les articles vendus par l'immense magasin. Mais comme cela est impossible, il passe ses journées à être appelé au bureau des réclamations par les haut-parleurs. Et à se faire engueuler par le receveur des réclamations. Et à être tellement misérable que le client retire sa plainte. Bouc émissaire.
Mais des bombes explosent dans le magasin. Malgré le cordon de policiers aux entrées, malgré les fouilles mises en place, les bombes explosent régulièrement en la présence de Benjamin. Et c'est forcément de sa faute aux yeux des enquêteurs. Bouc émissaire est la nature profonde ce M.Malaussène. Lors des répits entre les bombes (fort peu meurtrières, il faut l'avouer), Benjamin mène sa propre enquête, pour se disculper. Il erre aussi dans le magasin, entre les petits protégés du 3° âge de son collègue du rayon bricolage, une kleptomane aux formes avantageuses, un veilleur de nuit rescapé du front de l'Est en 40, un libraire étonnamment réactionnaire malgré ses lectures...
Sans oublier les frasques de sa famille, sa mère en vadrouille avec son dernier amour en date, comme d'habitude, sa soeur enceinte qui ne veut pas garder le bébé, son frère qui fait exploser sa classe de collège pour tester une théorie personnelle, les prédictions de sa soeur extralucide, les angoisses de sa soeur photographe qui prépare son bac. Et, le pire de tout, son chien qui fait une crise d'épilepsie sur les lieux du crime (en plein magasin). Sans compter les cauchemars du petit qui dessine des ogres Noël !
Heureusement qu'une nouvelle Tante Julia entre dans la vie de Benjamin. Et que ces amis de Belleville sont toujours là pour lui soutenir le moral. Il en voit de toutes les couleurs ce pauvre Malaussène! Pour notre plus grand plaisir, évidemment.
Une enquête à la Pennac, qui se lit avec toujours autant de plaisir. Pour peu que vous entriez dans son univers, que vous soyez sensible aux critiques acides envers notre monde de consommastion, de banalisation de l'horreur afin de tromper l'ennui. La lucidité face aux patrons prêts à payer pour garder Malaussène comme bouc émissaire officiel dans leur entreprise. Dans ce tome, on aborde les atrocités de la II° guerre mondiale, le petit monde syndical et les joies de la solidarité ouvrière. Sans compter les habituelles erreurs de jugements des enquêteurs pourtant pleins de bonne volonté ainsi que le journalisme de choc qui a toujours quelque chose à révéler.