Auteur : André-François Ruaud

Références bibliographiques : ( lien )

Encore un roman poétique. Encore une enquête policière. Encore une réflexion engagée sous couvert d'aventures et d'énigmes futuristes. Oui ce livre cumule les genres et les qualités ! Il nous offre deux enquêtes distinctes (parues à l'origine en deux volumes) liées par le contexte politique et les personnages.

Le narrateur est un jeune humain au service d'une doctoresse d'origine asiatique (Terrienne) qui est aussi détective privé. L'action se déroule sur une lointaine planète perdue autour de Spica (l'Epi, dans la constellation de la Vierge). Les colons sont originaires de plusieurs ethnies stellaires. La ville est très particulière : elle est logée au coin supérieur d'un immense palais. Le palais de l'Empereur, indigène quasi omnipotent qui a mystérieusement disparu dix-sept ans auparavant. La Disparition (ainsi nommée par les colons) a brutalement expulsé du palais tous ses habitants dans une nuit. Le palais mesure des kilomètres carrés sur quelques kilomètres de hauteur. Les 'rescapés' de la Disparition se sont séparés entre la Cité d'en-haut (sur le toit) et les villages d'en-bas (dans la campagne des alentours). La Cité est plus un bidonville fait de bois et de broc, la technologie a pratiquement disparu, un semblant d'ordre règne.

Mais une menace plane : un trafic d'une nouvelle drogue très dangereuse, des agents gouvernementaux assassinés. Voilà madame Ha lancée dans la première enquête. Lancée est un bien grand mot. Car dans le tandem qu'elle forme avec le narrateur, elle est la tête qui reste à la maison. Lui est les jambes qui court à la poursuite de l'information et, éventuellement, des suspects. Une organisation communautaire fait jour, par petites touches, au gré de l'enquête, des engagements du narrateur, des témoignages récoltés, etc.. Le gouvernement en place ne tient sa légitimité que de l'Empereur qui a Disparu depuis si longtemps. Tout s'imbrique, se mélange et il est difficile de ne pas prendre parti, de ne pas se tromper...

La seconde enquête débute par la mort du Premier Ministre, commanditaire de la première enquête, chef de la police secrète, etc... L'accent est mis d'avantage sur la vie politique de la Cité. Sur une de ses composantes aussi : les Centaures. On peut la voir comme une allégorie de l'intégration, du travail à un but commun, un bien supérieur aux entités égoïstes, une stigmatisation des intégrismes... L'engagement y apparaît nécessaire à la survie de la communauté. Mais un engagement qui ne va pas jusqu'à l'aveuglement ni jusqu'aux affrontements avec ceux qui ne partagent pas les mêmes points de vue.

En gros, un livre dépaysant. Au rythme plutôt lent, aux dénouement à la Agatha Christie qui réunit tous les protagonistes pour les mettre face à leurs agissements. Il n'a de science-fictif que le contexte (Spica) et l'apparence de certaines factions. On pourrait parfaitement le transposer dans de nombreuses cités actuelles. Mais la distanciation ne serait plus aussi facile. Du coup, un des buts ne serait pas atteint : l'appel à la tolérance, au respect de l'autre qui induit le droit à la différence. La disparition progressive de la technologie conduit à de nouvelles solutions que l'on appellerait "écologiques" dans le contexte terrestre actuel. Des solutions qui s'imposent d'elles-mêmes au colons par la simple évidence de la survie. Bonne réflexion à vous !

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